Droits, religions et institutions du Proche-Orient médieval

Publié le 28 avril 2010 Mis à jour le 19 août 2013

M. Aoun, Strasbourg


Depuis les graves crises qui ont disloqué, au milieu du Ve siècle de notre ère, l'Eglise Universelle ou la Grande Eglise (lors des conciles d'Ephèse de 431 et de Chalcédoine de 451), le pluralisme religieux auquel ces crises ont donné lieu, au sein de l'Empire romain d'Orient (mais aussi dans l'Empire perse sassanide, où d'importantes communautés chrétiennes étaient fortement implantées), a conduit à l'émergence d'un véritable pluralisme juridique, qui s'est progressivement exprimé à travers l'élaboration, en particulier au sein des Eglises dites « dissidentes » (nestorienne en Perse, monophysites en Egypte et en Syrie), de corpus juridiques propres, destinés à régir les fidèles de ces différentes Eglises, grâce à une autonomie législative et juridictionnelle, reconnue de fait ou de droit par les pouvoirs séculiers en place.

Cette autonomie, dont ont pu jouir les diverses communautés chrétiennes orientales pendant des siècles, a été maintenue après les invasions arabo-musulmanes (au cours du VIIe s.), qui avaient arraché à l'Empire byzantin les vastes provinces d'Egypte et de Syrie et conduit à l'effondrement de l'Empire perse voisin et à son annexion. Le nouveau pouvoir musulman a en effet jugé nécessaire, pour de multiples raisons aussi bien pragmatiques que dogmatiques, de laisser aux différentes communautés chrétiennes établies dans l'Empire arabo-musulman le soin de s'administrer librement, sous la houlette de leurs chefs religieux respectifs.

Parallèlement, un nouveau système juridique, le « droit musulman », s'élaborait et se mettait progressivement en place. Celui-ci avait néanmoins vocation à régir, en principe du moins, les seuls fidèles de la religion musulmane.

Le présent cours se développe essentiellement en trois temps. Il cherche, dans un premier temps, à démêler l'histoire complexe de l'émergence de ces communautés chrétiennes orientales dites « dissidentes » ou « séparées », qui ont évolué depuis le Ve siècle aux côtés des autres Eglises dites « chalcédoniennes » (notamment melkite et maronite), celles-ci ayant choisi de rester fidèles aux conclusions du concile de Chalcédoine. Toutes ces communautés chrétiennes ont dû ensuite cohabiter, tout au long du Moyen Age (et encore de nos jours), avec une religion nouvelle et largement dominante, l'Islam.

L'attention sera focalisée, dans un deuxième temps, sur les sources médiévales du droit et des institutions de l'ensemble des communautés chrétiennes orientales (« chalcédoniennes » comme « séparées ») et des différentes écoles juridiques musulmanes : origines, inspirations, élaboration, contenu, particularités, éventuels rapports ou influences réciproques entre le droit canonique oriental et le droit musulman...

L'étude des droits et des institutions du Proche-Orient médiéval - à forte dimension religieuse - ne présente pas qu'un intérêt purement historique ; elle contribue également à une meilleure compréhension des nombreuses questions qui surgissent de nos jours, et notamment celles ayant trait aux rapports, souvent délicats, parfois conflictuels, entre l'Occident et l'Orient. En effet, l'Orient reste aujourd'hui, malgré les codifications civiles qu'il a connues depuis de nombreuses décennies, sinon tributaire, au moins fortement attaché à son histoire et à son héritage juridique médiéval. Cet attachement est particulièrement tangible au sein des sociétés musulmanes, mais il l'est aussi, bien que dans une moindre mesure, s'agissant des communautés chrétiennes orientales qui, en matière de statut personnel notamment (mariage, dissolution du lien matrimonial, filiation, etc.), se réfèrent toujours à des traditions juridico-canoniques souvent plusieurs fois séculaires. Les effets d'une telle imbrication entre histoire, sociétés et traditions religieuses sont de plus en plus sensibles de nos jours, y compris dans les pays dits « développés », en raison de la mondialisation et de la mobilité croissante des personnes et des idées. L'ensemble de ces aspects, d'une brûlante actualité, seront développés, discutés et analysés dans un troisième et dernier temps, à partir d'un certain nombre d'exemples concrets...
 

Mis à jour le 19 août 2013