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Puissances de la Nature - Justices de l’Invisible : du maléfice à l'ordalie, de la magie à sa sanction

Publié le 28 octobre 2010 Mis à jour le 8 juin 2011

« Planète en danger », « Sauver la Nature », telles pourraient être les devises de notre monde moderne. Mais cette Nature, objet de notre inquiétude, est celle des biologistes, des sciences naturelles, une nature mise en fiche, et, croit-on, ordonnée, organisée, en fait, désenchantée.

Date(s)

du 2 décembre 2010 au 3 décembre 2010

à partir de 9h
Lieu(x)
Bâtiment B - salle des conférences
1-La séparation de l'homme et de la Nature
Cette invention des Modernes a transformé les rapports de l'homme au monde. Dans les sociétés archaïques, anciennes et traditionnelles, la Nature comprend à la fois le visible, humain et non humain, et l'invisible dans ses différentes dimensions, spirituelles et artistiques, oniriques et énergétiques ...
Dans notre recherche comparée des Justices de l'Invisible dans des cultures passées et présentes, c'est l'homme total, corps et esprit, dans sa triple dimension cosmologique, sociologique et ontologique qu'il nous faut appréhender.
Eu égard à la force des croyances et opérations magico-religieuses et aux mécanismes psychophysiologiques générant peur et angoisse, il conviendra de ré-examiner dans leur contexte culturel les idées et valeurs véhiculées par certains couples de notions : visible / invisible - devin / sorcier - mal / maladie - parole / corps - pur / impur - coupable / victime ...
L'homme participant de la vie des Eléments, l'ordre social et l'ordre naturel étant solidaires, les justices de l'Invisible régulent les pratiques sorcières au sein des communautés parentales et territoriales. La justice humaine ne pouvant statuer en l'absence de preuves matérielles, on recourt à des épreuves corporelles à risque faisant appel aux Puissances de la Nature pour dévoiler et sanctionner les actions maléfiques occultes menaçant la santé physique et psychique des individus et mettent en danger la paix sociale.

2-Quelques notions fondamentales à définir
Ces notions, les unes au singulier, les autres au pluriel recouvrent les domaines religieux, éthique, politique et juridique et Il conviendra dès le départ de les désigner dans les langues concernées et de les définir dans les différentes cultures étudiées.

L'Invisible
Nous sommes ici loin de « l'épuisement du règne de l'invisible » et du « désenchantement du monde » qui caractériseraient notre histoire politique de la religion.
L'entrée en communication avec le monde des principes vitaux, esprits et divinités est l'objet de différentes procédures et rituels :
- offrandes et sacrifices accomplis par les desservants des cultes
- techniques oraculaires et divinatoires des clairvoyants, doués de la seconde vue
- paroles et gestes des serments et pratiques ordaliques

La Nature
La Nature des Modernes ne prenant pas en compte l'humain et le spirituel , le devoir n'y a plus sa source dans la Nature et la primauté du politique conduit à une conception contractualiste du droit .
Dans la pensée ancienne et traditionnelle, la Nature, incluant le surnaturel, est cosmique et sociale. Elle est puissance de vie, matière et esprit en mouvement et les humains lui appartiennent . Il y a ainsi un droit et une religion de la nature, qui, « sous le vernis diversifié des cultures, constitue un irréductible coutumier humain »..

Les Puissances
A la différence des religions de la Toute-Puissance du Dieu Unique, où le juste doit rejeter comme faux dieux et puissances démoniaques tous les autres dieux, les religions de la Nature pensent les Eléments - Air et Feu, Eau et Terre - comme un ensemble de puissances spirituelles et appréhendent l'homme comme un microcosme de l'Univers.
Porteurs de valeurs dynamiques ambivalentes, les Eléments ont alors au plan juridico-religieux un pouvoir normatif, positif ou négatif, de sanction : l'eau féconde et inonde, le feu purifie et foudroie, la terre bénit et maudit ...

Les Justices
Les humains sont régis au sein des groupes parentaux et territoriaux par des causes efficientes et finales de conservation et de transmission d'une vie protégée par des interdits. Le droit, loin d'être un pouvoir singulier de l'individu, est un juste rapport entre les êtres et la justice, visant à équilibrer et harmoniser les rapports au sein du groupe et de la nature, est exercée sur deux plans :
- au plan humain, par les instances en charge des conflits matériels et sociaux des groupes et des individus,
- au plan divin, par les instances chargées des questions de protection et de transmission de la vie, qui recourent à des procédures spéciales pour détecter les actions maléfiques mettant en danger la santé et la vie des humains et du corps social.

3- Pratiques sorcières et techniques divinatoires
Les forces sorcellaires expriment une dimension agressive des rapports humains, dont le caractère caché et secret rend impossible leur dévoilement en l'absence de procédures oraculaires et ordaliques ( serment purgatoire, épreuves de l'eau, du feu, épreuve du poison , duel judiciaire...). [...]

Raymond Verdier
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« Planète en danger », « Sauver la Nature », telles pourraient être les devises de notre monde moderne. Mais cette Nature, objet de notre inquiétude, est celle des biologistes, des sciences naturelles, une nature mise en fiche, et, croit-on, ordonnée, organisée, en fait, désenchantée.
Depuis déjà longtemps, dans nos sociétés occidentales, prévaut le dogme de la Raison, ou s'impose - ou prétend s'imposer - la mesure qui appréhende les choses, les actes et finalement se saisit de l'homme. L'hybris n'est plus, non plus que les dieux jaloux, ni même l'égarement des sens.
Le Droit s'est fait système, phénomène total, qui modèle la pensée, capture le fait de l'homme, celui de l'animal, jusqu'à celui des choses. Le jugement est application de la norme, produit du syllogisme. La justice tranche, résout, rationnellement.
Il n'en a pas toujours été ainsi. Il fut un temps où l'homme s'imaginait procéder de la Nature, où l'homme et l'animal se confondaient dans un même genre, où partout se repérait la trace de l'invisible. Nul mur, nulle limite ne structurait ni le temps, ni les lieux, ni les choses. C'était un temps déraisonnable où les morts côtoyaient les vivants et où l'homme pouvait parfois se penser animal, voire chose. La norme était là, obsédante mais cette norme, loin d'être comme un oeil lointain, était familière, répétée, comme le Dit des Vrais Hommes.
Dès lors, s'impose la conviction que rien ne relève du hasard, que toute action procède d'une cause déclenchée par une des puissances de la surnature. La justice passe par la manipulation du divin. Il faut interroger les puissances, et pour cela, entreprendre le grand voyage qui conduit au dépassement de soi, exécuter les rituels de divination, exiger le serment, imposer les épreuves corporelles pour identifier le coupable. [...]

Soazick Kerneis

Mis à jour le 08 juin 2011